Pendant le dîner, M. Paul de Rieux fit des mots.
Il était placé en face de Terral et ses dents blanches découvertes par un immuable sourire, il semblait quêter, à chaque saillie, son approbation.
Dans le brouhaha du repas, le bruit des conversations partielles se mêlant aux interpellations d'un bout de la table à l'autre, Terral se taisait et songeait. Tout à l'heure on allait jouer. C'était alors qu'il risquerait ce suprême enjeu, venu du hasard. Il n'écoutait pas. Ses voisins le trouvaient maussade. Le diapason des entretiens s'élevait à chaque nouveau vin annoncé par le garçon. Le Léoville et le Rœderer formaient les dièzes et les bémols. On se mit à parler politique et l'on finit par ne plus s'entendre du tout. Les toasts à la prospérité de l'entreprise se perdirent dans les considérations sur la conduite de Robespierre et le procès des Girondins.
Le café était versé dans une pièce contiguë. La table desservie, les garçons étendirent un tapis vert, on apporta des cartes et l'on joua.
—Allons, se dit Terral, c'est l'instant. Et,—comme il arrive parfois aux heures difficiles,—un souvenir de ses vieilles lectures lui revint et il murmura, presque tout haut, le mot de Julien Sorel à l'heure des crises: Aux armes!
On établit un lansquenet.
Le petit Barberino prit la banque. Terral jeta un louis, puis un autre, perdit, alluma un cigare en souriant et ne rejoua plus avant de l'avoir fumé. Puis il revint à la table de jeu, et Olivier Renaud lui passa les cartes.
—Trois louis! dit Terral.
—Je les tiens, fit Barberino.
Terral gagna.