Le petit Barberino montrait les cartes.
—Reconnaissez-vous votre jeu? Non! Ce jeu-là est préparé!
—C'est une infamie! s'écria M. de Rieux qui regardait en face Fernand Terral de l'autre côté de la table.
Terral, vert et farouche, bondit comme pour s'élancer sur le misérable, mais un cercle irrité le retint, on se partageait le tas d'or déjà; il se sentit poussé au dehors, et ce ne fut que dans l'antichambre qu'il put se dégager. Il secoua alors ceux qui le tenaient,—ils étaient quatre,—et les envoya d'une secousse, contre la muraille, jurant.
Il se trouva sur le boulevard, nu-tête, sous la pluie, seul, abîmé.
—Messieurs, disait en haut le petit Barberino, remercions M. Paul de Rieux, mon ami, ici présent, de nous avoir averti de l'infamie dont nous allions être les victimes!
On remercia M. Paul de Rieux.
Terral eut un moment l'idée du suicide. Décidément la partie était achevée, et la ruine complète. Le sort avait eu le dessus. S'acharner eût été folie. Il s'achemina à travers les rues boueuses, jusqu'à la Seine et, sur le parapet d'un pont, il demeura tête-nue, regardant l'eau couler. Le fleuve avait des remous sinistres et les lumières du gaz s'allongeaient sur lui comme des lames rouges. La silhouette du Châtelet et les tourelles se découpaient en noir sur le ciel sombre avec des attitudes bizarres. Il demeurait là hésitant. Ses mains brûlantes se rafraîchissaient sur le grès mouillé du pont. Le vent lui passait dans les cheveux et calmait sa fièvre.
—Le suicide? Pourquoi? se disait-il. N'y a-t-il que Paris au monde?
Après l'idée de mort, l'idée de fuite. Il se voyait, emporté au loin, sauvé, recommençant ailleurs, en Espagne, en Amérique, il ne savait où, une vie nouvelle, et, plus tard, revenant ici, s'imposant, relevant le front, écrasant ceux qui l'écrasaient.