—Je souffre, jetez-moi donc à la mer!
Terral, roide, droit comme un chêne, les bras croisés, tête nue, passait avec un audacieux mépris parmi cette foule renversée et peureuse. Il retrouvait toute sa force dans l'orage. Il lui plaisait de la défier, cette mer irritée, et quand, dans un brusque roulis, la vague jetait à travers le pont son écume bouillonnante, il secouait ses cheveux noirs imprégnés de sel et ricanait comme un Manfred.
Le marchand de chevaux se heurta contre lui, jurant, les poings fermés.
—Eh! bien, quoi? dit Terral. Qu'y a-t-il?
—Cette tempête m'en tuera la moitié. Je suis ruiné, dit l'autre. Tonnerre!
Terral haussa les épaules.
Il revint s'asseoir à l'arrière du bateau, entre des caisses recouvertes de toiles goudronnées, près de Godova. L'Espagnol, cramponné à un cordage, les nerfs tendus, l'œil fixe, les joues effroyablement caves, poussait des gémissements et regardait fixement les choses avec une prunelle embrasée. Il se plaignait, jurait, appelait, et se tordait parfois en poussant des cris:
—Valgame dios!... La muerte!... Tiene usted cuchillo?... Un cuchillo! La muerte! la muerte!
Terral, les bras croisés, face à face avec ce moribond—car Godova souffrait à mourir—sentait croître en lui—comme ces plantes mauvaises qui, disent les fables, poussent avec une vertigineuse rapidité,—une pensée atroce, lancinante ainsi qu'un fer rouge.
C'était ce ciel obscurci, cette mer furieuse, cette nuit soudaine, ce bruit de vagues, ces sifflements de vent, ces hurlements, cette fièvre, qui faisaient sourdre dans le cœur de l'ambitieux brisé une terrible tempête—l'antithèse de cet autre ouragan qui grondait.