—Si cet homme mourait, songeait Terral, et si ce sac qui est là disparaissait,—qui s'en inquiéterait?

Peu à peu l'horrible pensée prit corps, et se planta devant Terral avec un arsenal de discussions, de conseils et de logique.

—Qui songe donc à l'Espagnol à présent?... Il râle! S'il passait par-dessus le bord, le bruit de sa chute dans le flot ne mourrait-il pas étouffé sous ce grondement gigantesque?... Qui le saurait? qui le verrait? Une fortune tient pourtant dans ce sac? Une fortune dans un sac de cuir grand comme les deux mains!

Dans cette espèce de sombre brouillard qui fondait toutes choses, les recouvrait comme d'une couche de suie, la serrure seule du petit sac brillait, lançant à Terral de provoquants éclairs.

Il se reculait, il se sentait trembler. Un affreux délire le secouait. Il étouffait, et, le long de son dos, coulait une sueur froide.

La muerte! La muerte! criait l'Espagnol en se mordant les poings.

Il voulait mourir.

La mort?

—Elle est près de lui, songeait Terral, et l'obsession de cette pensée se faisait ironique comme un défi.

Il se rapprochait alors. Ses mains, agitées d'un prurit nerveux, se tendaient vers le sac de cuir qu'il allait arracher d'une secousse, emporter soudain!—Puis l'idée du vol lui apparaissait plus vile que l'idée du crime. Quelle différence y aurait-il bientôt dans ses souvenirs entre l'agonie de M. de Bruand et la mort de cet inconnu!