—Oui, continua madame Herbaut, il est allé chercher Herbaut au fin fond d'un cabaret où il se cachait, et il l'a traîné chez le commissaire de police. Seulement, en se battant, Herbaut lui a donné un coup de couteau dans le bras. On dit que ce ne sera rien. Je le voudrais... Joseph! Il me parlait de vous l'autre jour. Il ne vous en veut pas...
—Mais vous, fit Cachemire en interrompant brusquement madame Herbaut, vous souffrez beaucoup, dites?
—Pas trop, vous savez. Je m'en vais. Je le sens bien. Je suis presque contente!
Cachemire se sentait mal à l'aise dans cette chambre, en présence de cette femme qui ne connaissait pas Cachemire et qui se souvenait de Suzanne. Elle regardait Léon de Bruand comme pour l'interroger et chercher s'il devinait quelque chose. Ce nom de Joseph, ainsi jeté dans le milieu de ces confidences, l'avait un peu effrayée. Léon, causant tout bas avec Fargeau, paraissait ne rien entendre.
Cachemire n'était pas encore bien revenue de l'étonnement que lui avait causé cette rencontre ou plutôt ce heurt avec Victoire Herbaut. «Comme c'est étrange! pensait-elle.» Quant à Victoire, elle ne voyait même pas la bizarrerie de la rencontre. Elle ne se rendait plus compte de ce qui arrivait. Sa tête était comme brisée. Elle regardait, sans la bien voir, la robe verte de Suzanne. Elle songeait à toute autre chose qu'au présent; elle évoquait le passé, les débuts de Suzanne, ses amours avec Joseph... Elle allait en parler, lorsque Cachemire se pencha brusquement sur elle et lui dit tout bas:
—Ne dites rien, madame Herbaut, mon époux est ici!
—Ah! vous êtes donc mariée, Suzanne? fit Victoire avec un étonnement douloureux.
Elle ajouta un moment après, tout bas aussi:
—Certainement, Joseph ne vous aurait pas faite aussi riche. C'est égal, il vous aimait bien!
On entendit, à ce moment, la clef qui grinçait dans la serrure.