Joseph s'asseyait au pied du lit, regardait sa sœur avec des yeux qui caressaient, et voulait causer. Mais elle l'interrompait:
—Tu sais, mon Joseph, il ne faut pas lui en vouloir à lui. Ce n'est pas un mauvais homme au fond. Quand je ne serai plus là, mon pauvre petit, il faudra le faire relâcher. Tu me le promets? Je ne veux pas le voir. Ça ferait encore des histoires. Mais quand il saura que je n'y suis plus, je parie qu'il réfléchira, tout fou qu'il est. Et puis, voilà une chose que je voudrais... Sa montre est au Mont-de-Piété,—sa montre en argent. Il y a joliment longtemps. Ce qu'elle me coûte, je ne le sais même pas. J'ai toujours renouvelé les reconnaissances. Cette pauvre montre! Il l'avait le jour de nos noces. Le soir, aux Barreaux Verts, pendant le repas, il la regardait, il la regardait... Après ça, qui te répond qu'il ne m'aimait pas? Je n'ai peut-être pas su le prendre. Je me suis toujours dit: Rien ne serait arrivé, rien, si nous avions eu un enfant.
Elle revenait toujours à cette idée:—Tu dégageras la montre?
Joseph promettait.
—Tu la lui porteras, quand tu auras retiré la plainte, tu lui diras bien que je ne lui en veux pas, que je suis partie en oubliant tout. N'est-ce pas, Joseph? Ou, si ça ne peut pas s'arrêter, ne le charge pas trop, va. Il ne me fera plus de mal.
Et Joseph, suffoqué, se levait et allait fumer une cigarette sur le palier, pendant que les larmes lui coulaient sur les joues. Il savait bien, il voyait bien qu'elle allait mourir.
—C'est le premier chagrin, songeait-il, qu'elle aura fait à ceux qu'elle aime!
Un soir, Cachemire rentrait du théâtre, au bras de M. Léon de Bruand.
On lui remit une lettre.
Elle n'était pas signée. Mais c'était Joseph qui l'avait écrite. Elle reconnut l'écriture.