Cachemire venait là par distraction peut-être. Puis, cette douleur était un spectacle aussi. Ensuite, cela la changeait, et la rue des Dames était, au surplus, un but de promenade.

Fernand Terral la vit enfin. Il se campa devant elle comme un général devant une citadelle, l'étudiant, interrogeant ses grands yeux noirs, voulant deviner et dompter cette femme qu'on ne domptait pas. Il y réussit. Dès l'abord, il étonna Cachemire. Ses regards avaient quelque chose d'assez dédaigneux et de fier qui intriguèrent et irritèrent un peu Suzanne. Elle se sentit piquée. Fernand, avec ses cheveux noirs, insolemment épais, son teint mat, sa moustache relevée, sa mâle stature, n'était pas un cavalier de médiocre suffrage. Elle le retrouva le lendemain encore au chevet de Victoire Herbaut, et le surlendemain, il l'attendait encore. Il la séduisit par une froideur profondément jouée, car la beauté et le charme de cette femme le séduisaient. Il l'attira à lui, et Cachemire en vint à aller visiter Victoire, non pour Victoire, mais pour ce jeune homme dont les grands yeux brillants la troublaient.

Fargeau ne se montrait que rarement. Quelquefois M. de Bruand venait chercher Cachemire au chevet de Victoire. Il la trouvait, causant avec Terral, et ne paraissait pas s'en apercevoir.

Il essayait de donner du courage à la malade, saluait le jeune homme et s'éloignait.

Fernand avait envie de le poursuivre dans l'escalier et de le frapper au visage.

Quand Joseph rentrait, bien souvent il rencontrait Terral près du lit, avec Suzanne. Il le regardait et ne le saluait pas, ne disait rien à cause de sa sœur, mais devinait tout. Quand Terral s'éloignait, Suzanne lui donnait la main.

Les forces de Victoire diminuaient de plus en plus. Elle le sentait, souriait, disait à son frère:

—Allons, cette fois, c'est fini!

—Mais non, mais non... courage!

—Ah! du courage! J'en ai eu assez, hein? Ce n'est pas maintenant que j'en ai besoin! Toujours piocher, c'est dur! Il m'en a pris des envies de flâner des fois! Mais comment faire?