—Ah! pardieu, fit M. de Bruand en s'asseyant avec un petit éclat de rire, je vous vois venir, monsieur... Vous êtes, je le conçois, fâché de me rencontrer. Oui, j'ai trouvé Pougues-les-Eaux assez maussade et je suis revenu. Je vous en demande pardon. Je vous prie encore de m'excuser d'avoir consacré ma première visite à ma maîtresse, dont je ne vous savais pas l'ami...
Fernand était pâle comme un mort, et ses mains tremblaient un peu. Il avait envie de souffleter cet homme qui le tenait à distance, et le cravachait de sa raillerie.
—Pardon, ma chère amie, continua M. de Bruand. N'étiez-vous pas avec monsieur dans une avant-scène d'un petit théâtre, l'autre jour? J'avais fait louer la loge par Jean, l'après-midi, si j'ai bonne mémoire...
—Monsieur, s'écria Terral, devenu livide, c'est assez! Ceci est une grossièreté, vous venez de m'insulter, et vous m'en rendrez raison!
—Ah bah!
—Je me nomme Fernand Terral; et n'ai jamais laissé passer, sans la relever, une allusion ou une injure.
—Méthode excellente, dit M. de Bruand en regardant le bout de ses bottes. Au surplus, si vous vous croyez insulté, vous êtes libre de m'envoyer vos témoins. Mais je vous préviens que je ne ferai pas une seconde largesse. C'est assez de la loge en question. Je ne fournirai ni les épées ni les pistolets!
Cachemire s'était levée; elle se jeta sur Terral qui, poussant un cri de rage sourde, la main levée, allait se précipiter sur M. de Bruand.
—Allons donc! dit Léon. Voilà un geste inutile!
Il ouvrit son portefeuille, y prit une carte, la jeta sur un guéridon, et dit, rallumant son cigare: