—Voici son adresse. Je vous saurais gré de vous entendre avec lui pour régler avec les témoins de M. Terral, les conditions du combat. Pas de transactions. Rien. Tout ce que ces messieurs voudront sera accepté.

—Tout?

—Tout!

—Le diable m'emporte si je croyais vous servir de témoin, mon cher Léon. Le duel? Usage vieux et bête!... Mais vous le voulez! Je conçois, c'est une distraction. Au surplus, vous devez être merveilleux sur le terrain. Et voulez-vous que je dise tout?

—Dites, fit M. de Bruand.

—C'est votre réputation qui vous vaut ce duel. Je le vois bien à présent. La peste soit des ambitieux qui pataugent dans les bas-fonds, avec toutes les envies dans le cœur!

—Je ne vous comprends pas.

—Ce Terral, vous ne le savez peut-être pas, c'est moi qui l'ai présenté à Cachemire. Il avait l'air curieux de voir de près une étoile: j'ai fourni le télescope. Mais, en vérité, je ne me doutais guères qu'il nourrissait le projet de se mesurer avec vous!...

—Comment? vous croyez?...

—J'en suis sûr. Ce Machiavel périgourdin a toutes les colères de la médiocrité qui rampe et qui voudrait des ailes. Nos provinces sont pleines de ces jeunes gens-là, vivant les yeux fixés sur Paris, comme sur la Ville Promise, dédaigneux du bonheur qu'ils ont la plupart du temps sous la main, avides de cet Inconnu vers lequel ils tendent leurs lèvres altérées, et qui viennent traîner leurs souliers dans nos rues, avec l'espoir d'être raccrochés aussitôt par la Fortune. Ah! qu'il serait temps de décentraliser toutes choses pour rejeter dans leur milieu où ils auraient été de braves gens, des notaires de campagne ou des conseillers municipaux, tous ces Fernand Terral, que Paris change subitement en chevaliers d'aventures.