Il était convenu que l’équipage attendrait Cornélius et Justus pendant un mois. Après quoi, les hommes seraient libres de reprendre, à travers le désert de glaces, le chemin du pays.
— Dieu vous garde! crièrent au capitaine van Elven les matelots de l’Espérance.
Cornélius répondit fermement:
— A bientôt!
On le vit s’enfoncer avec Justus dans les profondeurs glacées, et ces deux hommes, silencieux et résolus, marchèrent tout un jour encore à la recherche de l’Océan sans limites.
La Mer, la libre Mer, ne semblait point se rapprocher, quoi que Cornélius en eût dit. Justus et lui ne rencontraient que le vide. Ils avaient déjà marché trois jours.
A l’aurore du quatrième jour, Cornélius dit:
— J’ai le pressentiment que nous serons aujourd’hui arrivés au but.
Et il pressait dans sa main gantée le drapeau tricolore roulé, dont il se servait comme d’un ice-stock.
Tout à coup il poussa un cri, un cri d’effroi. Justus venait de mettre le pied sur une flaque d’eau à peine recouverte de glace et, sans bruit, comme un caillou s’enfoncerait dans un étang glauque, l’homme avait disparu tout d’un coup, après avoir vainement essayé de se soutenir sur l’eau.