Elle avait, en effet, dans le port, dans la façon à la fois élégante et hardie dont elle portait l’éventaire, une grâce et un gentil aplomb qui ne rappelaient en rien la faubourienne. Le bonnet blanc planté sur les cheveux, les petits pieds bien chaussés de souliers fins, la jupe aux plis soignés, tout, en la jolie bouquetière, rappelait plutôt l’actrice échappée des mains de la costumière que la marchande des rues vendant des fleurettes aux passants.
— Comédienne!
Et, dans cette rue londonienne, en tête-à-tête avec la jolie Française, le marquis de Beauchamp avait, tout à coup, la sensation d’échanger quelques propos aimables, dans un coin de coulisses, avec une actrice prête à entrer en scène.
— En vérité, dit-il, vous êtes au théâtre?
— J’y étais... Mais quoi! lorsque j’ai vu mes camarades arrêtés, j’ai eu peur!
— Vos camarades?
— Sans doute.
— Quels camarades a-t-on arrêtés?
— Comment, vous ne savez pas? Mais ceux de la Comédie-Française!
Le marquis de Beauchamp d’Antignac était stupéfait. Eh! quoi! cette petite fleuriste rencontrée là, et à qui il venait de donner une pièce blanche pour soulager quelque détresse vaguement devinée sous la coquetterie et la propreté du costume, — c’était une comédienne de la Comédie-Française? Une actrice! Il avait toujours aimé — de loin, malheureusement — les actrices. Elles lui semblaient des porteuses de rêve. Au delà des quinquets de la rampe, elles passaient devant ses yeux comme des prêtresses de cet idéal que tout homme porte en soi-même. Petit gentilhomme périgourdin, il eût, naguère, donné une année de sa vie pour être reçu au foyer de la Comédie, voir de près une de ces créatures de charme, d’esprit, de beauté... Et, par ce dimanche de juin, dans le désert du grand Londres «ensundifié», — il se trouvait face à face avec une de ces adorées qui lui souriait, le regardait, lui parlait... Ces choses n’arrivent que dans les romans ou les comédies. M. Marmontel en eût fait un conte.