— Monsieur, fit le gentilhomme, d’un joli ton sec, je puis monter un cheval en public et je pourrais même comme mon compatriote, le vicomte de Mornac, figurer parmi les acteurs de votre pantomime équestre, quoique, je vous l’avoue, je serais volontiers du parti de Tippoo-Sahib... Oui, ne vous fâchez pas... Mais faire ici le métier d’un Janot sur les tréteaux des théâtres de la foire, j’aimerais autant me jeter à votre Tamise, qui ne sent pas toujours bon, comme vous savez!

Le manager avait écouté froidement. Puis, il haussa les épaules.

— «Il n’est pas de sot métier», dit un proverbe de votre pays. Et le métier de clown est un métier comme un autre. M. Sheridan prétendait même qu’il est plus acceptable que celui de la plupart des «honorables», ses collègues au Parlement. Mais M. Sheridan a pour principe d’être toujours de l’opposition. Il y a des clowns plus populaires que des ministres, et Son Altesse le prince de Galles vous dira...

— Son Altesse dira ce qu’elle voudra, interrompit le marquis. Je veux bien devenir écuyer, par aventure; je ne veux pas me faire clown, M. Sheridan dépensât-il, pour me convaincre, toute son éloquence et tout son talent.

Il allait (pirouettant sur ses talons, qui n’étaient plus des talons rouges) se retirer en saluant galamment, avec un grain d’impertinence, le manager, lorsque celui-ci, étudiant la silhouette du marquis, fit un geste et dit:

— Attendez.

Et, très vivement:

— Consentiriez-vous, monsieur, à chevaucher en costume de mousquetaire? Oui, de mousquetaire du temps de Charles Ier?

— J’ai porté des déguisements en des bals parés et travestis, répondit le marquis. Il n’est rien là qui me paraisse insupportable.

— Eh bien! laissez-moi mettre sur l’affiche les débuts du cavalier... Quel est votre petit nom?