Cette pensée, l’idée que Fanchette viendrait lui tenir compagnie, consolait le petit marquis ainsi condamné à une immobilité relative.

Elle venait fidèlement, en effet, la bouquetière, ouvrant gaiement la porte et montrant, sur le seuil, son fin visage de Parisienne et ses fleurs. Le bonjour de la jolie fille était, pour le marquis, une surprise toujours nouvelle. Voilà qu’il bénissait, maintenant, sa mésaventure, puisqu’elle lui valait les visites de cette enfant. La prison lui devenait chère. Il se disait, en riant, que la doctrine de ce diable de Voltaire a du bon. Le docteur Pangloss, cet enragé optimiste, n’est pas un imbécile.

— J’espère bien, ajoutait-il gaiement, que le docteur Ploomfield ne me laissera pas sortir de sitôt.

Elle s’asseyait près du lit de M. de Beauchamp et lui apportait, en effet, les nouvelles de France...

— Bonaparte a encore battu les Autrichiens...

— Encore! Où cela?

— En Italie, toujours. Il marche droit sur Vienne...

— Boney! Ce petit Boney, comme ils l’appellent; c’est donc le diable, ce petit Boney?

— Cela me paraît être le démon de la bataille, monsieur le marquis...

— Ah! pas de marquis! pas de marquis!... répétait M. de Beauchamp d’Antignac.