Quelquefois, il lui demandait de lui faire la lecture. Il aimait la voix de cette enfant. Une voix argentine et fraîche qui, souvent, avait l’accent ému, lent et grave, des cloches qui sonnent l’angélus du soir.
Elle avait pris un livre sur un des rayons de bois blanc de la chambrette.
— La Guerre des Dieux, voulez-vous que je vous lise cela, monsieur le marquis?
— Non, non! Oh! non! pas cela! Pas cela!
— Pourquoi?... demandait Fanchette, en fixant sur le blessé ses jolis yeux bleus candides.
— Parce que..., parce que ce satané Parny est aussi un petit démon en son genre, comme Boney... Demandez donc, ma petite Fanchette, à quelque libraire de Soho, une traduction de Tom Jones...
— Ou Clarisse Harlowe... Je ne connais pas Clarisse Harlowe...
— Clarisse Harlowe, si vous voulez... Nous dirons du mal de ce coquin de Lovelace!
Il fermait les yeux, pendant qu’elle lisait, et il lui semblait qu’il était loin de Londres, à Paris, au théâtre, et qu’une délicieuse interprète d’une comédie sentimentale lui contait une histoire d’amour, triste, triste, mais consolante, puisqu’elle faisait oublier, pour ces malheurs imaginaires, les malheurs de ces personnages rêvés.
— On ne se résignerait pas à l’histoire, murmurait le marquis, si l’on n’avait pas le roman pour s’en consoler!