— Et savez-vous, Fanchette, disait-il encore, que, s’ils ne vous nomment pas sociétaire à votre rentrée, ils seront de triples sots? Je me chargerai d’obtenir l’ordre de début et la nomination d’un des prochains Gentilshommes de la Chambre!
— Oh! que nous en sommes loin! faisait-elle en riant.
— Qui sait? répétait le petit marquis.
Et ce furent, dans la pauvre chambre du triste passage, des heures de halte délicieuses, que celles de cette convalescence du marquis, contraint à laisser ainsi passer les journées dans une inaction charmée. La bouquetière le quittait pour aller vendre ses fleurs et lorsque, à la porte du Cirque, elle avait vidé son éventaire, elle arrivait, trottinant en hâte, essoufflée et, s’asseyant, elle lisait, Hector de Beauchamp regardant, à la lueur de la chandelle, ce front intelligent et pur, pâli, mais que la lueur rendait tout rose. Il se rappelait les veillées du Périgord, les fermiers égrenant les panouilles de blé d’Espagne, les grains dorés de maïs dans la grande cuisine du château. Les flambeaux de résine coloraient de même le front des paysannes de là-bas. Et sa bonne nourrice, elle aussi, s’asseyait de même à son chevet, pour l’endormir, en lui chantant des chansons.
Tiro, tiro, marinier tiro,
Tiro lo cordo, marinier!
Il se sentait redevenir enfant. Il lui semblait vivre quelque songe. Ah! la bonne idée qu’avait eue Abdullah d’avoir un caprice et de se montrer rétif! Le cavalier désarçonné devait à cet arabe les meilleures heures, peut-être, de sa vie, les plus consolantes, certainement.
Un souci, pourtant, une inquiétude mordait au cœur le petit marquis. Il trouvait que la petite Lise maigrissait, son teint prenant une couleur de fine porcelaine. Parfois, au milieu d’un chapitre, une petite toux sèche arrêtait la lecture. Fanchette, alors, devenait rouge et le marquis lui demandait:
— Êtes-vous fatiguée? Si vous arrêtiez?
Mais, avec son gentil sourire: