— Fanchette, ne vous êtes-vous pas aperçue d’une chose?
— Laquelle? dit Fanchette, dont la voix tremblait aussi.
Elle devinait bien, et, devinant, elle avait peur.
— C’est que je vous aime, Fanchette!
— Oh! fit-elle, nous avions dit que nous ne parlerions jamais de cela. Jamais. Amis d’exil, et c’est tout.
— Non, non, non, ce n’est pas tout, Fanchette! A quoi bon se mentir à soi-même et se taire? A quoi bon désunir ceux que le sort unit? Fanchette, mon amie, ma chère petite lectrice amie, voulez-vous être ma femme?
Elle le regarda avec ses beaux yeux agrandis, éperdus.
— Votre femme? Moi?
— Ma femme, oui, ma femme! Vous me dites: «Monsieur le marquis!» Je vous appellerai marquise. C’est la marquise de Beauchamp d’Antignac qui rentrera à la Comédie quand le marquis rentrera en France! Que voulez-vous, ma pauvre chère petite Fanchette, je ne peux pas me passer de vous! Les romans de Mme de Genlis me paraissent assommants quand vous ne les lisez pas... Ils le sont probablement... C’est elle, la comtesse, qui les écrit, mais c’est vous qui les faites... Fanchette, ô sensible et tendre Fanchette, ce n’est pas le hasard qui nous fit nous rencontrer, un dimanche de soleil, devant Drury Lane, c’est le dieu d’amour, cet amour que chantent dans leur théâtre leur vieux Shakespeare et Monsieur Sheridan, et que j’ai rencontré, moi, dans la rue!
Elle était étourdie; elle se demandait si le petit marquis ne se jouait point d’elle, si cette déclaration, qui lui tombait là sur la tête comme une montgolfière sur des spectateurs, n’était pas une épreuve. Elle regardait Hector de Beauchamp, qui souriait, essayant de donner à ses paroles un accent élégamment léger, mais qui était visiblement ému et qui était très pâle, tandis qu’elle devenait toute rouge.