— Monsieur le marquis, est-ce une épreuve? Vous moquez-vous de moi? Je suis une pauvre fille...
— Vous avez été ma consolation et ma joie dans cet exil, qui, d’ailleurs, ne va pas durer...
— Une petite comédienne, songez donc, une bouquetière...
— Une comédienne qui deviendra grande. Une bouquetière à qui on jettera des bouquets!
Elle avait peur de défaillir, tant elle était joyeuse. Comme il l’aimait! Comme elle était aimée! Pour la première fois de sa vie, la petite Lise se sentait très fière.
— Eh bien? demanda le marquis.
— Eh bien! que votre volonté soit faite! Moi aussi, moi aussi...
Elle prit un temps et, délicieusement, en riant, mais avec une larme dans les yeux:
— I love you! dit-elle.
Et, comme il laissait tomber ses lèvres sur la petite main tendue de Fanchette, puis comme il déposait doucement sur ce front de jeune fille un baiser de fiancé, des sons lointains de musique, un air de marche militaire, leur vinrent, joués par des soldats d’Écosse, et, les cris de la foule se mêlant aux accents pénétrants du pibrock, ils virent déboucher, parmi les hourras et sous une poussée de gens agitant leurs coiffures, des Écossais Gris partant pour Plymouth et dont les baïonnettes jetaient des éclairs rouges sous le soleil couchant.