Et, sur l’oreiller, de sa jolie voix musicale, comme dans un soupir elle dit en fermant les yeux:
— Good night, dear!
Le marquis la regardait sommeiller. Il était heureux de la voir ainsi calme. Très maigre, bien pâle. Mais reposée. Si elle pouvait reposer ainsi un jour encore? Si le docteur permettait, enfin, qu’on reprît le voyage interrompu? Qui sait?
En attendant, elle dormait. On entendait à peine sa respiration d’enfant. Il pouvait, lui aussi, s’endormir, rassuré. Demain, peut-être, le sommeil de la nuit aurait-il apporté un adoucissement, donné des forces... Demain!
Le lendemain, Hector de Beauchamp se frotta les yeux, ayant dormi plus qu’il n’eût voulu et le jour gris filtrant à travers les vantaux de la fenêtre. Il regarda Fanchette. Elle dormait toujours. Il ouvrit les volets. La lumière entoura d’une teinte livide le visage de la dormeuse. Hector s’approcha d’elle doucement. Elle avait, dans son sommeil, un délicieux sourire. Sa tête s’appuyait sur ses mains d’enfant. Le profil était doux, calme, heureux. Le marquis se pencha sur l’oreille de la jolie fille, la petite oreille rose jadis, et maintenant transparente, — et il dit, dans un murmure:
— Fanchette!
Elle ne répondit pas. Il répéta le nom aimé. Elle ne faisait pas un mouvement, l’endormie. Elle reposait et, marchant sur la pointe des pieds, le petit marquis allait s’éloigner pour la laisser à son sommeil lorsqu’une horrible pensée lui vint: — si elle n’allait pas se réveiller? Si le good night était celui de la grande nuit, un adieu, l’adieu? Il revint au lit bien vite. Il posa doucement sa main sur la joue de la dormeuse. La chair était froide et les lèvres ne laissaient passer aucun souffle. Il prit les petites mains de la pauvre enfant. Elles lui semblèrent déjà raidies. Il recula, poussant un cri de colère à la fois et de terreur. Il appela:
— Au secours! A moi! Fanchette est morte!
Et, pendant qu’il s’écroulait devant le lit funèbre, prostré, enfonçant sa tête dans les draps, ses lèvres sur les mains glacées, un coup de canon retentissait au loin, auquel répondaient les batteries de Douvres. C’était le bateau des matelots qui prenait la mer pour aller combattre la France.