Mais le marquis n’écoutait pas, n’entendait pas. Les visions de la fièvre cérébrale peuplaient pour lui le triste logis.

— En avant! Frappez, cognez les premiers, messieurs les Anglais! Comme à Fontenoy... Fontenoy... Fanchette...

Et, d’une voix déjà lointaine, doucement, soupirant l’air des Folies d’Espagne, il parlait à la petite morte, il lui disait qu’on allait, oui, qu’on allait bientôt reprendre cette Folle Journée que l’on n’avait pas jouée depuis si longtemps, depuis trop longtemps...

— Et, tu sais, petite Fanchette, M. Caron de Beaumarchais te fera un rôle... Il a promis, M. de Beaumarchais... Et tu as beau dire, quand les auteurs promettent...

Mistress Sniddle écoutait sans comprendre, sans essayer de comprendre. Elle ne savait qu’une chose, c’est que le marquis était en danger et que le docteur ne répondait pas de sa vie.

A la fin du second jour, l’état du blessé empira. La fièvre prit une forme aiguë. Le marquis se dressait sur son lit et parlait de partir, de partir tout de suite.

— Le bateau attend... Fanchette m’attend.

Debout, ses fines jambes maigres nues, sa tête enveloppée de linges comme d’un turban, étendant sa main nerveusement agitée, il ressemblait sur son lit à une sorte de fakir hindou prêchant une guerre sainte ou faisant une prière.

— En avant! En avant!... Quiberon!... La Marseillaise des Émigrés... Bah! je ne me serais point battu contre des Français! Je le dirai au roi, dans huit jours! Dans huit jours!

La nuit qui suivit fut cruelle. La forte mistress Sniddle eut grand’peine à maintenir dans le lit le marquis délirant. Le jour vint qui abattit la fièvre, le jour, une aurore grise, dans le brouillard de Londres. Le petit marquis étouffait.