Carlos partit, et le ministre essaya de faire revenir sur sa décision le capitaine Cornélius. Mais, chez ces natures d’une énergie froide, toute résolution est inébranlable. La démission du capitaine van Elven ne fut point reprise.
Cornélius avait, d’ailleurs, déjà entrevu pour sa vie un autre but que la gloire des armes et un autre rêve plus vaste et plus beau.
— Les hommes comme vous sont assez rares pour qu’ils n’aient point le droit de se soustraire au service de la patrie, lui répéta par deux fois le ministre.
L’éternel sourire plein de pensées de Cornélius releva ses lèvres, et il répondit alors au major général:
— Monsieur le ministre, n’ayez crainte. Si je quitte l’armée, c’est pour être plus utile encore à la Hollande.
— Et comment cela? demanda le ministre.
Cornélius souriait encore.
— Oh! fit-il, c’est mon secret! Et permettez-moi de ne point le révéler aujourd’hui. Les plus beaux rêves passent pour des folies lorsqu’ils ne se réalisent pas.
III
Grâce à l’espèce de sacrifice de Cornélius van Elven, le capitaine Carlos Flink ne quitta point l’armée et conserva son grade. Il fallait, devant l’opinion publique, une victime expiatoire pour l’affaire du Zand-Straat. Cette victime, ce fut Cornélius. Le capitaine Flink continua à servir la Hollande, et Cornélius, accrochant à la muraille son épée de capitaine, se contenta, comme il l’avait dit au ministre, d’être heureux, tout en poursuivant avec acharnement un but que bien d’autres eussent traité de chimère.