— Monsieur le ministre, interrompit brusquement Carlos Flink, qui depuis un moment se mordillait la moustache, n’écoutez pas le capitaine van Elven. C’est si bien moi et mes hommes qui trouvons, avec raison, que le capitaine nous a pris notre gloire, que je suis disposé à croiser mon épée contre la sienne quand il voudra!
— Capitaine, dit sévèrement le major général, une provocation? devant moi?
— Je vous demande pardon, mon général, répondit Carlos, mais, sur l’honneur, il y a un officier de trop dans l’armée hollandaise, moi ou lui!
— Eh bien! capitaine, répliqua froidement Cornélius van Elven, restez seul désormais: ce n’est pas moi qui vous ravirai vos victoires! Monsieur le ministre, je vous prie de vouloir bien recevoir ma démission!
— Votre démission, capitaine?
— Ma démission, monsieur le ministre. J’ai fait mon devoir. Je vais tâcher de faire mon bonheur. Je vous demande seulement de ne pas donner suite à une enquête qui pourrait être contraire au brave capitaine Flink.
Chose sinistre que la haine, même chez les meilleurs! Carlos allait faire un mouvement, non pour remercier Cornélius, mais pour repousser cette générosité qui lui paraissait humiliante. Ce mot bonheur était entré comme une lame de couteau dans le cœur d’Adriaan. Il avait revu soudain la créole Margaret avec ses grands yeux de gazelle et ses souples mouvements de tigresse caressante, et il lui avait semblé que, par un égoïsme insultant, Cornélius le condamnait, lui, le capitaine pauvre, à la vie de hasard de l’officier de fortune, tandis qu’il se réservait la grasse vie de ces riches Hollandais qui interprètent ainsi le commandement: Travaille six jours et repose-toi le septième, en disant: «Fais travailler les gens de Java pendant sept jours et repose-toi toute la semaine!»
— Monsieur le ministre, dit Carlos Flink, je ne souffrirai pas...
Le ministre l’interrompit brusquement.
— Vous n’avez pas d’opinion à émettre, capitaine, dit-il; rendez-vous à la tête de votre compagnie!