Du geste, il touchait la poignée de son épée.
Cornélius van Elven haussa les épaules, et Carlos l’entendit qui murmurait tout bas:
— Il est fou!
Cette rixe farouche, au fond d’une ruelle louche, courrouça fort le major général, ministre de la guerre. Le lendemain, la compagnie du capitaine van Elven était sévèrement consignée, et celle du capitaine Flink dirigée en toute hâte sur La Haye. Quant aux officiers, mandés à La Haye l’un et l’autre, ils donnèrent tour à tour des explications sur les causes d’un pareil scandale. Il y avait eu mort d’hommes. Deux soldats venaient de succomber à l’hôpital de Rotterdam, l’un d’une blessure au ventre, l’autre d’un coup de talon à la tempe.
Ce fut surtout sur le capitaine Flink que le ministre faisait retomber la responsabilité de ce triste drame. Adriaan-Carlos semblait avoir entretenu chez ses soldats un sentiment de dépit et de colère. On l’avait entendu plus d’une fois parler tout haut, avec ironie et devant ses troupes, des vainqueurs du Guepo-Upas. Le major général donna à entendre que le capitaine Adriaan-Carlos Flink serait cassé de son grade.
Carlos était pauvre. Sa seule fortune, c’était cette épée qu’on menaçait de lui enlever. Cornélius, au contraire, fils d’un armateur, marié en outre à cette jolie Margaret Holtius qui avait apporté une fortune, pouvait se passer de sa solde et de son grade.
— Monsieur le ministre, dit-il au général, il serait souverainement injuste d’accuser le capitaine Flink, lorsque le seul auteur de cette fâcheuse affaire, c’est moi.
— Vous, capitaine?
— Je n’ai pas eu le triomphe modeste, monsieur le ministre, j’ai peut-être trop humilié le légitime orgueil de braves gens qui avaient bien combattu avant nous. Durant la traversée, mes hommes ont défié les soldats du capitaine Flink sur la terre ferme; ceux-ci ont répondu à ce défi. De là le combat du Zand-Straat.
— Oui-da! fit le major général un peu incrédule.