Sa fermeté ne se démentait pas. Il restait calme, admirable et certain du succès.
Pourtant, dans ses heures de sommeil, deux images bien différentes le hantaient: celles de son bonheur lointain et celle de son rival, en route comme lui pour la Mer libre.
Le printemps vint. Quelques hommes désignés par le sort étant laissés à bord de l’Espérance, on se lança vers le nord sur des traîneaux. Couverts de fourrures, les pieds dans des raquettes, sur le visage un masque de fil de fer pour protéger leurs prunelles contre l’éclat sinistre de la neige qui brûle la vue comme un foyer incandescent, des traîneaux portant le biscuit, le thé, la farine et les instruments de physique, les compagnons de Cornélius s’avancèrent lentement à travers les aspérités farouches, sans plus apercevoir une créature humaine vivante, plus un Esquimau, à travers ce désert de glace. A peine pouvait-on franchir un mille par jour. On ne rencontrait plus de banquises. Un seul ours fut entrevu, fuyant, étonné, et les coups de feu qui le saluèrent retentirent, mystérieusement répercutés par des échos étranges, comme le seul bruit qu’eût entendu cette farouche solitude depuis que le monde était monde.
Cornélius, énergique, plein de foi superbe, avançait toujours, répétant en montrant le nord:
— Là-bas est la Mer libre!
On n’était plus, disait-il, qu’à deux cents milles du pôle. Deux cents milles, c’est-à-dire deux cents jours de marche! Deux cents!
— Pourquoi aller plus loin? demanda, accablé, le chirurgien Justus van Doole.
— Pour aller au but, répondit Cornélius. Rebrousser chemin, ce serait lâche!
Et, tout bas, il ajoutait:
— Adriaan irait jusqu’au bout, lui!