Le scorbut continuait cependant à frapper. Des hommes avaient eu les bras gelés. Il avait fallu amputer le baleinier Petersen des deux pieds. On transportait le malheureux sur les traîneaux. En chemin, Petersen souriait et priait. Quelques jours après, le pauvre diable mourut.

— Notre nombre diminue, fit stoïquement Cornélius, mais notre but se rapproche!

Et l’on continua la route.

Plus loin que le cap Colombia, sur la glace, l’équipage de l’Espérance trouva des débris de verre, un manche de couteau, des traces de passage de quelques hommes.

Cornélius se sentit comme mordu au cœur.

— Adriaan! Adriaan-Carlos! s’écria-t-il, pendant que son imagination lui montrait le capitaine Flink, son rival, poussant un cri de triomphe et arrivant le premier à la Mer libre.

— En route!... dit-il aussitôt avec une résolution farouche.

Un peu plus loin, ce ne furent plus des débris, ce fut un cadavre qu’on trouva, celui d’un officier de la marine anglaise, mort isolé, mort de faim peut-être, et mort la main droite sur son fusil chargé, la main gauche sur sa Bible ouverte, cette Bible qu’il lisait sans doute à l’heure de l’agonie: l’arme de mort pour défendre sa vie, le livre pour nourrir son âme.

— Plus de doute, songea Cornélius, le Saint-James est de ce côté, Carlos Flink a deviné la bonne route!

On creusa un trou dans la neige et l’on y déposa l’officier mort. Cornélius prit la Bible et dit, après avoir lu sur la garde le nom de cet homme: