De Paris à le Bourget: 1-1/2 poste.—De Paris à le Ménil-Amelot: 2.—De
Paris à Dammartin: 1.
Et toujours, toujours, au bout de la route la frontière bénie: que ce soit l'Allemagne ou l'Espagne, Maubeuge, Liége ou Londres,—l'étranger, le salut!
L'administrateur de police fut instruit de la tentative d'évasion. Hardy y gagna d'être à l'avenir plus strictement verrouillé.
Et le temps passait. L'accusé ne perdait ni ses espoirs ni son énergie. Une terrible maladie, qu'il n'avait pu soigner dans sa prison, l'avait rendu chauve. Il était pourtant encore superbe. Le mercredi 22 février 1792, il produisit un grand effet sur l'auditoire lorsque, transféré des prisons de l'Abbaye, il comparut dans la salle d'audience du 6e tribunal criminel, au Palais, le président dudit tribunal étant Claude-Emmanuel Dobsent qui devait présider bientôt le tribunal révolutionnaire pendant l'intervalle de la destitution de Montané à la nomination d'Herman.
Là, Hardy déclara se nommer Jacques-Maurice-Bruno Hardy, âgé de trente-trois ans, né à Montpellier, et quant à ses qualités, se dit «jurisconsulte et docteur ès lois en l'Université de Paris.» De son état ecclésiastique, pas un mot.
Le drame touchait à sa fin. Le procès certes paraissait près du dénoûment. L'arrêt cependant ne fut pas rendu encore, et l'abbé Hardy, transféré de prison en prison, de la Conciergerie du Palais à l'Abbaye et de l'Abbaye à la Force, devait finir bizarrement, fatalement, comme il avait vécu.
J'ai dit qu'on n'a jamais su ce qu'était devenue Lucile.
Le 3 septembre 1792, les massacres commencèrent dans les prisons de la Force vers une heure du matin. Les vengeances voulaient du sang. Le peuple réclamait, lui aussi, sa Saint-Barthélémy. Les prisonniers, jugés entre les deux guichets, étaient poussés à l'entrée du guichet de la Force, rue des Ballets, et sur-le-champ massacrés, expédiés. Weber et Mathon de la Varenne, enfermés là et épargnés, ont raconté ces terribles scènes. «A une heure du matin, dit Mathon, le guichet qui conduisait à notre quartier s'ouvrit; quatre hommes en uniforme, tenant chacun un sabre nu et une torche ardente, montèrent à notre corridor, précédés d'un guichetier, et entrèrent dans une chambre attenante à la nôtre… J'entendis en même temps appeler l'abbé Hardy, qui fut massacré sur l'heure ainsi que je l'ai su…» L'écrou consulté, Chépy, président du tribunal de la Force, et Pierre Chantrot, accusateur public, n'eurent pas fort à faire pour déclarer l'homme coupable. Leur justice était expéditive. Jacques Hardy l'attendait depuis cinq ans! On retrouvera le nom de l'abbé sur la liste des victimes remises par le concierge de la prison au commissaire de police de la section des Droits de l'Homme.
Étrange destinée! le nom du fratricide devait être inscrit sur le feuillet sanglant où l'histoire peut lire le nom de l'infortunée Mme de Lamballe.
LE VINGT JUIN 1792