Nous avons aussi nos anniversaires.
La France se souvient de certaines dates qui sont comme ses titres de gloire et, à côté de l'anniversaire douloureux du 18 juin, qui dit Waterloo, l'anniversaire du 20 juin dit Résistance et Affirmation du droit.
Au 20 juin 1792, la question était nettement posée entre ces deux adversaires irréconciliables: la Révolution et la cour. La Révolution voulait le progrès, la marche en avant, la délivrance suprême. La cour était bien décidée à la réaction. La garde suisse chargeait ses fusils, les gentilhommes fourbissaient leurs épées ou aiguisaient leurs poignards. On parlait de fermer les clubs, d'enlever aux sections leurs canons et d'envoyer sous bonne garde à l'Abbaye les orateurs populaires.
La Fayette, campé à Maubeuge, était prêt à faire sonner le boute-selle et à lancer ses cavaliers sur Paris, balayant les rues et sabrant les gens—comme au champ de Mars.
Il écrivait au roi ce mot terrible:
Persistez, sire!
Persistez dans la résistance, dans la guerre au droit, dans l'insolent veto, dans le défi jeté à la nation. Persistez dans le faux, dans l'odieux et dans l'absurde.
Cette lettre signifiait cela. Les conseillers des monarchies sont tous les mêmes: aveugles et fous.
Le roi persistait. Le roi n'avait pas besoin d'être encouragé dans son appétit de réaction. Il en était comme nourri: il en avait la pléthore. Il se sentait protégé par les trois bataillons suisses, quatre mille huit cents hommes; soldats achetés qu'il pouvait, d'un signe, jeter sur l'Assemblée nationale, à la moindre velléité de coup d'État.
Il prenait déjà le ton tranchant et dur avec le girondin Roland, qu'il subissait comme ministre de l'intérieur. Il se sentait appuyé, jusque dans l'Assemblée, par les Feuillants qui se rallieraient à La Fayette et applaudiraient à tous ses actes, fusillades et décrets d'accusation.