Sur les colonnes des Tuileries, sur les brèches faites par le canon des Marseillais, des patriotes traçaient à la craie des inscriptions comme ils avaient écrit: Ici l'on danse sur les ruines de la Bastille.—Vive la Saint-Laurent! écrivaient-ils; vive le peuple du 10 août!

On raconte que, pendant ce temps, un homme, un maigre et jaune jeune homme, en habit militaire râpé, l'oeil brillant, les traits contractés, regardait, en hochant la tête, les Tuileries, où personne ne devait plus rentrer, et le peuple, ivre de joie, qui ne devait plus avoir de maître.

Celui-là s'appelait Napoléon Bonaparte.

«Est-ce bien là, se disait-il, le dégel de la nation? (Les mots sont de lui.) Et tournant le regard vers l'assemblée, là-bas, où Louis XVI, tandis que Vergniaud parlait de réunir une convention nationale, mangeait doucement son poulet rôti:

—Piccolo, petit, pauvre petit, murmurait-il, tu n'avais donc pas de canon pour balayer la multitude?»

L'homme de Brumaire, celui qui devait étouffer, escamoter une révolution et déformer le tempérament de la France, se dressait déjà devant le peuple du 10 août.

Mais quoi! le peuple était vainqueur, et quoi qu'aient pu faire depuis cette date les souverains, l'idée monarchique a été battue, bafouée et broyée en cette journée du 10 août 1792.

Nous datons de là! L'ère nouvelle s'ouvre au son du tocsin de Paris. Le lendemain de ce grand jour lumineux et fier, c'est la Convention, la France armée, l'Europe repoussée, la Révolution victorieuse. C'est la tribune toute puissante, c'est l'impossible décrété et réalisé, c'est le monde ébloui, c'est la parole de liberté, d'égalité, de fraternité traversant l'espace comme une bouffée d'air pur, c'est la souveraineté nationale reconnue, imposée, c'est l'effarement du passé devant ce présent irrésistible, c'est la France, enfin, notre pauvre et bien-aimée France, c'est la patrie sauvée, affranchie, délivrée, maîtresse d'elle-même, et, par sa grande idée de sacrifice et de dévouement, maîtresse aussi du monde. Vive la France!

«Je ne veux pas oublier, s'écriait un jour Berryer, l'avocat de la légitimité, je n'oublierai jamais que la Convention a sauvé ma patrie!»

La Convention est la fille du Dix août.