»Il y a, en effet, dans ma famille, une tradition conservée depuis soixante-dix ans, à tort ou à raison, et qui est celle-ci:
»C'est mon grand-père, Jean-Baptiste Lefebvre de la Boulaye, ancien notaire du roi Louis XVI, qui a bâti la Rotonde du Temple sur des terrains achetés à l'ordre de Malte, et dans l'intention assez étrange d'en faire un lieu d'asile pour les débiteurs poursuivis par leurs créanciers; les biens du Temple (qui appartenaient à l'ordre de Malte) étaient à l'abri des officiers de justice.
»Mon grand-père habitait la Rotonde à l'époque où le roi et la reine étaient enfermés dans la Tour du Temple; ma grand'mère, qui se nommait Savin de la Guerche, était une Vendéenne et une ardente royaliste. Son frère fut aide de camp de Charette et fusillé en Vendée. Suivant notre tradition de famille, ma grand'mère communiquait par signes avec madame de Tourzel, qui était enfermée avec la reine, et on lui aurait jeté le testament de la reine, qu'elle aurait caché dans la Rotonde. Ma grand'mère fut si vivement émue par les événements de la Révolution qu'elle en perdit la raison; de façon qu'il m'est assez difficile de dire si ce n'est pas dans son égarement qu'elle a cru s'être mis en correspondance avec la reine. Ce qui est probable, c'est que Marie-Antoinette a dû faire un testament; ce qui est sûr, c'est que nous ne l'avons pas.
»Cette tradition n'a pas grande valeur si, comme il est probable, on ne trouve rien dans la démolition; mais si l'on trouvait un papier quelconque concernant le roi ou la reine, elle en prouverait l'authenticité. Je vous la donne telle que je l'ai reçue; mon père est mort depuis longtemps, mais, sur ce point, il n'en savait pas plus que ce que je vous dis: il croyait cependant à l'existence du testament. Mais il était fort jeune en 1793, étant né en 1780.
»ED. LABOULAYE.»
C'est la démolition complète de la Rotonde qui seule pouvait donner tort ou raison à cette tradition, de toute façon fort curieuse.
Ma curiosité fut bientôt satisfaite. Le rédacteur en chef du journal où je publiais les lignes qui précèdent reçut la lettre suivante:
«Paris, le 3 juillet 1863.
»MONSIEUR,
»J'ai vu avec plaisir la notice intéressante que l'un de vos collaborateurs a publiée sur la rotonde du Temple, dans un des derniers numéros du journal.