»Sacrifiez votre intérêt au salut et au bonheur de la France…
L'histoire vous en tiendra compte.
»Je ne suis pas insensible aux malheurs de votre famille. Je contribuerai avec plaisir (le mot volontiers, mis d'abord, est effacé) au… (illisible, sans doute: maintien) de la douceur et de la tranquillité de votre retraite.
»BONAPARTE.»
Et c'est ainsi qu'on a tout profit à s'égarer dans le passé, les vieux papiers et les vieux grands hommes.
CHARLES NODIER ET SA JEUNESSE
Je ne puis jamais passer dans le quartier de l'Arsenal,—si terriblement mutilé par la Commune,—sans songer à Charles Nodier.
J'aime ce coin de Paris, ces ruelles qui virent passer Sully, le Béarnais et la belle Gabrielle. Étrange quartier de notre Paris, silencieux, presque désert. Les passants y sont rares et marchent lentement. Ces carrefours paraissent porter encore le deuil d'Henri IV et pleurer le départ du «cher Rosny». Sur le boulevard désert, on rencontre quelque bohême famélique qui regarde la Seine d'un oeil légèrement troublé et suppute avec étonnement, et l'estomac vide, le nombre de sacs de blé que contient le Grenier d'abondance. Derrière ces murailles, les grains sont entassés! Combien y a-t-il là dedans d'existences amoncelées de poëtes épiques? Le vieux rentier se promène là, doucement; le malade y vient prendre l'air. L'uniforme militaire domine parmi les passants; quelque drôle aux cheveux lisses et aux dents gâtées heurte en sifflant le bibliophile qui se dirige, le nez dans un livre, vers la bibliothèque de l'Arsenal. L'ombre de Nodier te protége, brave homme!
Elle me fait pourtant sourire un peu—tout doucement, quand je l'évoque, cette ombre de Nodier.
Je ne sais qui a dit de Charles Nodier et des souvenirs que contait volontiers le bonhomme:
«Si l'on écoutait Nodier, il vous prouverait qu'il a été guillotiné du temps de la Révolution.»