Jacques écoutait, avec une stupeur qui tenait de l'épouvante, ces étranges paroles, dont il ne comprenait pas le sens. On l'aimait et on le fuyait. On considérait comme un fléau son amour, pourtant si sincère et si pur. Qu'est-ce que cela voulait dire?
Il allait demander à madame de Frémilly des explications … des explications catégoriques, cette fois.
Mais celle-ci prit les devants.
—Ecoutez, monsieur de Brécourt, dit-elle. Retirez-vous. N'insistez pas. Si Laurence vous aime encore—car l'amour ne meurt pas tout de suite, à l'heure où on le veut-elle n'a plus pour vous aucune estime et ne vous accorde plus aucune confiance. Un hasard, heureux pour elle sans doute, si elle a le courage de supporter son mal, l'a mise au courant de votre passé.
Jacques pâlit encore, si c'est possible.
Il s'écria avec violence.
—Mais ce passé est mort, madame, bien mort!
—Le passé ne meurt jamais! dit madame de Frémilly.
—Pour moi, madame, je vous l'affirme, déclara Jacques, il est depuis longtemps réduit en cendres, et toutes les cendres en ont été dispersées au vent de l'oubli. Oui, j'ai eu des torts. J'ai eu ce qu'on appelle une jeunesse dissipée. J'ai mené une vie de désordres. Mais je ne connaissais pas Laurence. Je ne l'aimais pas. Et, depuis que je la connais et que je l'aime, je n'ai pas eu, je vous le jure, madame, une pensée à me reprocher.
—Mon mari m'avait dit cela, fit madame de Frémilly, presque dans les mêmes termes.