La lettre était signée Romain Doria, et la réponse devait être adressée poste restante au bureau de la rue Milton.

Après avoir parcouru cette singulière missive, la baronne de Frémilly se demanda ce qu'il fallait faire. Devait-elle la montrer à Laurence ou n'en tenir aucun compte?

C'était délicat.

Le sort de l'enfant était intéressant.

Mais il faudrait apprendre à Laurence le départ de son fiancé, qu'elle ignorait encore. Il est vrai que ce qu'on disait de lui dans cette lettre, la misère dans laquelle il laissait, lui riche, une femme et un enfant dans les veines de qui son sang coulait, cela n'était point fait pour augmenter l'estime que Laurence avait peut-être encore conservée pour lui, et qui devait être mince.

Evidemment la jeune fille souffrirait en apprenant une fois de plus à quel homme indigne elle avait donné son coeur, mais cela pouvait aussi achever de tuer en son coeur les regrets.

En tout cas, c'était une occasion pour madame de Frémilly d'apprendre ce que sa petite-fille pensait, si elle conservait toujours en son coeur l'espoir de voir lui revenir son fiancé, ou si elle n'avait plus pour celui-ci qu'éloignement et mépris.

Elle se décida.

Elle monta, la lettre à la main, dans la chambre de Laurence.

La jeune fille, longue et blanche, grand lis penché, comme le disait sa grand'mère, était debout devant sa fenêtre, regardant un vol d'oiseaux tournoyant sur le lac.