Un après-midi madame de Frémilly reçut une lettre dont l'écriture la surprit, car c'était une écriture qu'elle ne connaissait pas, qu'elle n'avait jamais vue.

Elle l'ouvrit avec une certaine méfiance et lut les lignes suivantes, qui ajoutèrent encore à son étonnement:

«Madame, lui disait le correspondant, pardonnez-moi de venir vous troubler dans votre retraite, mais je crois faire une oeuvre généreuse et bonne en vous mettant au courant de ce qui se passe.

«La femme qui est allée vous voir à Paris et qui vous a remis la photographie de M. de Brécourt est tombée malade très gravement après le départ et l'abandon de celui-ci.

»Elle se meurt et m'a donné la charge de remettre son enfant, qui est, vous le savez, l'enfant de M. de Brécourt, aux soins de l'Assistance publique.

»C'est ce que je serai obligé de faire, en effet, car je suis employé. Je gagne péniblement ma vie et ne pourrais me charger de nourrir et d'élever un enfant, malgré le désir que j'en aurais, et la sympathie que j'éprouve pour ce pauvre petit, qui est vraiment attendrissant.

»Avant d'en venir là, j'ai pensé, madame, que vous ne m'en voudriez pas de vous faire connaître cette triste situation.

»Vous avez connu M. de Brécourt. Peut-être aurez-vous quelque pitié de son enfant, qu'il semble, lui, avoir complètement oublié.

»Vous êtes riche, vous pourrez sans doute lui venir en aide. Et c'est dans cet espoir, et pour ce pauvre petit, si digne d'intérêt, que j'ai eu, sans avoir l'honneur d'être connu de vous, l'audace de vous écrire.

»Dites-moi ce que je dois faire.»