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L'homme que madame de Frémilly et Laurence virent arriver deux jours après, amenant l'enfant, n'était autre, on l'a deviné, que l'aide préparateur Régulus Boulard, qui se présenta à elles sous le nom de Romain Doria, dont il avait signé sa lettre.
Il arrivait prétentieux et pommadé, paraissant tout fier de la prétendue mission humanitaire dont il s'était chargé, avec un déballage de grandes phrases toutes préparées.
Comment avait-il décidé la misérable Noémie à se séparer de son enfant? Par quelles promesses, par quelles menaces, par quels subterfuges y était-il parvenu, car la malheureuse aimait son petit? C'est ce que nous allons essayer d'expliquer en quelques mots.
Nous avons vu la pauvre créature courbée et comme anéantie, sans volonté et sans force, sous le joug si rude que le coquin faisait peser sur elle, tremblant à chaque instant que la colère du misérable ne retombât sur la tête chérie de son fils.
Elle voyait le malheureux petit être, constamment triste, s'étioler et périr et elle avait chaque jour la terreur de sa mort prochaine.
Quand Régulus lui parla de s'en séparer et lui expliqua le sombre projet qu'il méditait, elle poussa d'abord les hauts cris et déclara que jamais elle ne laisserait partir son fils ou qu'elle irait avec lui.
Puis, peu à peu, elle se fit à cette idée et s'y accoutuma. Elle se dit que son fils serait plus heureux loin d'elle que près d'elle.
Comme une plante qui se dessèche dans un terrain aride, il se développerait et s'épanouirait à l'aise dans un terrain plus riche.
D'autant plus que Régulus, pour changer les idées de la mère, redoublait envers le petit de mauvais traitements qu'elle était impuissante à empêcher.