Et un matin, après une nuit atroce, une nuit où Régulus, rentré ivre, avait réveillé l'enfant pour le battre, elle prit le petit Daly dans ses bras et lui dit:

—Il faut nous séparer, mon enfant. Va vivre loin de moi, loin de ce misérable qui te martyrise. Tu seras heureux peut-être dans un autre milieu. Tu vivras. Moi je mourrai sans doute du chagrin de ne plus te voir, mais qu'importe si tu vis?

Et elle l'embrassa à plusieurs reprises, résolue au cruel sacrifice.

Au dedans d'elle, elle nourrissait un rêve: se délivrer de Régulus et aller vivre, comme servante, s'il le fallait, dans la maison où serait élevé son fils, sans se faire connaître, heureuse seulement de le voir et de respirer le même air que lui!

Elle n'avait qu'une peur maintenant, c'est que Régulus ne réussît pas et qu'on ne voulût pas de l'enfant.

Quand le monstre lui apporta la dépêche par laquelle madame de Frémilly demandait d'amener le petit, elle fut presque aussi heureuse que lui de cette solution.

Elle habilla Daly avec un soin tout particulier, le para le mieux qu'il lui fut possible afin qu'on le trouvât joli et qu'on l'aimât.

Puis elle demanda à Régulus de faire le portrait de l'enfant, qu'elle voulait garder; elle pourrait au moins embrasser son image s'il ne lui était pas possible d'embrasser le petit lui-même.

Régulus se prêta avec condescendance à ce qu'il appelait une fantaisie, et il partit avec l'enfant, conduit jusqu'à la gare par la mère qui sanglotait et qui ne pouvait, au dernier moment, arracher son fils de ses bras.

Daly, dont l'intelligence était alors presque nulle, car il avait été abruti par les privations et les coups, Daly ne semblait rien comprendre à ce qui se passait.