Elle s'était demandé déjà quel pouvait être cet enfant, et elle avait pensé tout d'abord que mademoiselle pouvait bien en être la mère; mais, à la réflexion, ce soupçon s'était dissipé. Mademoiselle était bien jeune pour avoir un enfant de près de quatre ans, et la bonne femme était restée très intriguée. Elle ne s'était pas privée de se livrer, avec les autres domestiques, à mille commentaires, à mille suppositions plus absurdes les unes que les autres. Cet enfant, qui arrivait ainsi de Paris sans qu'on fût prévenu, amené par un homme qui disparaissait ensuite comme un voleur, il y avait là de quoi piquer la curiosité et ouvrir le champ aux hypothèses.
Mais jamais Agathe n'aurait osé interroger ses maîtresses, qu'elle ne connaissait pas assez et qui l'avaient tenue jusqu'ici dans une certaine réserve.
Elle ne fit donc aucune réflexion, et se mit à sa besogne silencieusement. Elle prit l'enfant, s'assit avec lui devant le feu et se mit à l'habiller.
Madame de Frémilly alla vers sa petite-fille.
—A qui penses-tu? lui demanda-t-elle en la voyant si pâle et si triste, à lui?…
Laurence ne répondit pas. Mais ce silence même était un aveu.
La baronne ne put contenir son irritation.
Et, montrant à sa petite-fille l'enfant que l'on habillait et qui, pour elle et pour Laurence, était le fils infortuné de cet homme:
—Il ne mérite, s'écria-t-elle, ni une pensée, ni un regret!
Laurence resta muette.