—Ah! s'écria-t-elle, si tu savais comme cet homme m'a fait du mal! Ce n'était pas ta faute qui m'était le plus pénible. Ce qui m'affectait le plus, c'est que tu me l'eusses cachée avec cette habileté, cette rouerie même, et que tu m'eusses menti avec effronterie. Mais maintenant je suis rassurée. Ma petite-fille me reste avec sa tendresse, avec son coeur, avec sa loyauté, et je suis bien heureuse!

Laurence se jeta dans les bras de la douairière.

—Je t'aime! dit-elle.

Quelques jours se passèrent.

Le médecin n'était pas revenu.

Et madame de Frémilly, qui ne quittait guère sa petite-fille, redoublait envers elle de soins et de caresses, comme pour faire oublier ses affreux soupçons. Madame de Frémilly se persuadait chaque jour davantage qu'il s'était trompé.

Elle avait hâte de le revoir pour le lui apprendre, pour réhabiliter à ses yeux celle en qui elle croyait plus fermement que jamais.

C'est à ce moment, et pendant qu'on attendait une nouvelle visite du médecin, que se produisit un incident qui pour un instant détourna madame de Frémilly et sa petite-fille des pensées qui les préoccupaient.

Un soir, comme la baronne et Laurence achevaient de dîner après avoir fait emporter le petit Daly, qu'Agathe devait coucher, on vint les prévenir qu'une dame, qui s'était presque abattue de fatigue à la grille du château, désirait leur parler.

Cette dame, qui paraissait jeune encore, était très pâle, très faible, avait ses vêtements noirs souillés de poussière.