La baronne pensa aussitôt à la visiteuse qu'elle avait reçue déjà à Paris, qui lui avait remis la photographie contenant la preuve de la trahison de Jacques de Brécourt, à la femme abandonnée par lui et qui était la mère de l'enfant qu'elles avaient pour ainsi dire adopté.
La même idée était venue à Laurence.
Toutes les deux se regardèrent, et comme les yeux de la baronne semblaient consulter la jeune fille, celle-ci dit:
—Il faut, grand'mère, faire entrer cette pauvre femme.
Madame de Frémilly fit alors un signe au domestique, qui s'en alla chercher la mystérieuse visiteuse.
III
La femme que le domestique introduisit dans le château était bien telle qu'il l'avait dépeinte, livide et chancelante et trébuchant à chaque pas, comme si elle allait tomber. C'était Noémie. Elle était entièrement vêtue de noir, comme le jour de funeste souvenir où elle s'était, pour la première fois, présentée, à Paris, chez madame la baronne de Frémilly.
Elle n'arrivait pas de Paris directement. Elle était tombée malade auprès de Tours et avait été retenue à l'hôpital pendant plusieurs semaines.
On sait dans quelles conditions elle était partie, autant pour s'éloigner de l'homme qui lui faisait horreur, que pour aller vers son fils, qu'elle brûlait du désir de voir et d'embrasser.
Sur le premier moment, elle n'avait pas réfléchi. Elle n'avait pas pensé que là où elle allait elle serait reconnue par madame de Frémilly pour la femme qui s'était plainte d'avoir été abandonnée par M. de Brécourt. Lui faudrait-il continuer ce rôle, persister dans son imposture ou avouer qu'elle avait menti?