Si elle disait la vérité, on la chasserait sans doute indignement et on lui rendrait son fils avec lequel elle mourrait de faim et de froid sur les chemins, car elle n'avait ni abri ni nourriture à lui offrir.
Si elle se présentait, au contraire, comme l'amante, délaissée et malheureuse, d'un homme que l'on avait jugé sur sa dénonciation, qu'on avait repoussé et qui ne reviendrait sans doute plus, on aurait pitié d'elle comme on avait eu pitié de son fils, et peut-être les garderait-on tous les deux, l'un près de l'autre! C'était, pour cette mère affamée d'amour maternel, le bonheur, le rêve. Elle était résolue pour cela à tous les sacrifices, à toutes les humiliations, à toutes les besognes. Elle se ferait, s'il le fallait, servante, esclave, la plus soumise et la plus dévouée des esclaves, car elle avait de plus l'ambition de réparer le mal qu'elle avait fait déjà et de montrer par une abnégation sans bornes qu'elle n'était pas, malgré les apparences, indigne de pardon.
C'était avec ces intentions, l'esprit plein de ces résolutions, qu'elle était partie. Elle n'avait pas d'argent. Elle s'était donc mise en route à pied, bravement, demandant son chemin aux passants et cherchant, le soir, un gîte dans quelque ferme.
Le jour, elle se nourrissait de quelques morceaux de pain récoltés çà et là.
Elle se donnait, et c'était vrai, pour une malheureuse qui allait à la recherche de son fils. Il faisait froid. Les chemins étaient tantôt boueux, tantôt glacés. Les haies, les arbres dégouttaient d'eau. Il y avait sur les prairies de larges nuées de brouillards glacés. Rien ne l'arrêtait. Ses chaussures déjà vieilles bâillaient, prenaient l'eau. Le bas de ses jupons, que la boue des ornières alourdissait, plaquait sur ses jambes. Souvent ses vêtements, imprégnés de pluie, fumaient sur son dos. Elle allait. Elle allait insensible aux intempéries, aux privations et à la fatigue, vers son fils, qui semblait l'appeler là-bas, et dont la vision magique marchait devant elle et l'entraînait, semblable à l'étoile conduisant les bergers vers l'étable de l'Enfant-Dieu. Cet enfant qu'elle allait retrouver n'était-il pas Dieu pour elle, étant son fils?
IV
En apercevant devant elle la baronne de Frémilly et sa fille, Noémie tomba à genoux.
—Ah! pardon, s'écria-t-elle, pardon!
Et des larmes, comme des gouttes d'eau rapides et pressées, tombaient de ses yeux.
Madame de Frémilly lui tendit la main.