—J'ai connu votre mari. Un bel homme.
—Un monstre!…
—C'est ce que l'on m'avait dit. Moi, le mien n'est pas très intelligent. Il s'est laissé manger sottement sa fortune par un tas d'aigrefins, mais il est bon, et je n'ai pas eu le courage de lui en vouloir.
La conversation tombait.
Madame de Frémilly en profita pour sonner et commander d'apporter le thé.
—J'espère, dit madame de La Boujatière, que nous nous reverrons, maintenant que nous avons renoué connaissance?
—Assurément, dit la baronne aimablement.
—On s'ennuie trop de ne voir personne. Il n'y a pas, autour de nous, trois personnes à fréquenter. Les Forzon ont quitté le pays à la suite de je ne sais quel drame. Le château de Vançay est désert. Presque toutes nos anciennes familles ont émigré ou se sont éteintes.
—Oui, la noblesse diminue peu à peu, dit la baronne. Avec cela, on se perd de vue. Parions que si je n'étais pas venue vous voir, vous n'auriez jamais songé qu'il y avait à La Boujatière, derrière les murs gris du vieux château, une ancienne amie de pension?
—J'avoue, dit madame de Frémilly, que je n'y aurais pas pensé.