—Pas beaucoup, je vous l'avoue.
—Moi, je l'ai adoré. Et je n'aurais pas quitté Paris de mon bon gré. Mais, des revers de fortune ont obligé mon mari à changer son genre de vie et à venir se réfugier dans son château, qui n'est pas bien plus gai que le vôtre, et où nous menons, comme vous, une vie de reclus. Mon mari chasse, s'occupe de surveiller ses terres. Moi, je lis ou je me nourris de mes souvenirs.
—Il y a longtemps, demanda la baronne de Frémilly, que vous êtes fixés à La Boujatière?
—Près de vingt ans.
—Et, depuis vingt ans, nous ne nous étions pas vues!
—Oui, il y a bien cela. Mais je n'ai pas oublié que nous avons été en pension ensemble, que nous avons même un instant été très intimes.
—C'est vrai, dit la baronne, dont l'esprit sembla se reporter aux temps très anciens qu'on lui rappelait, et qui resta un moment toute rêveuse.
La visiteuse reprit:
—J'ai su, ma chère amie, que vous n'avez pas été toujours très heureuse.
—Je ne l'ai jamais été, dit la baronne.