Elle sentait qu'il n'y avait pour elle dans le coeur de sa grand'mère aucune affection, et comme elle n'avait rien fait pour mériter une telle indifférence, elle se raidit contre l'affreuse destinée qui était désormais la sienne et se résigna sans lutte nouvelle à son misérable sort.
Elle demanda avec une soumission attendrie:
—Qu'ordonnez-vous, madame, que je fasse?
—Que vous prépariez tout pour partir ce matin à la première heure. Le domestique qui est allé conduire à Poitiers M. Raymondet va rentrer et il nous emmènera sans avoir dételé son cheval. Je veux que le jour levant ne nous trouve plus ici.
—Dans une demi-heure vous pourrez frapper à ma porte. Je serai prête.
Elle sortit.
Madame de Frémilly ne fit pas un geste pour la retenir, ne lui dit pas un mot, bien qu'elle eût le coeur oppressé d'une effroyable douleur.
Le calme tranquille de la pauvre enfant peut-être à tort accusée était plus déchirant pour elle que toutes les lamentations, et pourtant elle ne pouvait surmonter le sentiment qui la poussait à se montrer impitoyable.
Elle avait dans sa conviction d'être dans son droit et de se montrer juste.
Laurence regagna sa chambre en chancelant.