Et quand elle y fut enfermée, elle tomba à genoux et pria, demandant au ciel ce qu'elle avait fait pour être si accablée et si malheureuse.
Elle était incapable d'avoir aucune volonté.
Elle ne comprenait pas la raison des épreuves qui s'abattaient ainsi sur elle, car elle ne croyait pas, elle, malgré les preuves qu'on lui mettait sous les yeux, à la faute dont on l'accusait et dont elle se savait innocente. Elle ne croyait pas qu'elle allait être mère et se demandait pourquoi on le lui affirmait avec cet acharnement.
Mais elle jugeait qu'il était inutile de se défendre plus longtemps. Elle était décidée à obéir à sa grand'mère jusqu'au jour où celle-ci reconnaîtrait elle-même son erreur et celle du médecin.
Toute force et toute énergie étaient brisées en elle, et elle n'était plus qu'une chose entre les mains de madame de Frémilly.
Laurence était prête depuis un instant déjà quand la baronne vint la chercher. Le jour n'était pas venu encore et le château tout entier semblait plongé dans un profond sommeil.
Le domestique revenu de Poitiers, et à qui madame de Frémilly, qui le guettait, était allée donner ses ordres, attendait dans la cour avec sa voiture.
Agathe, réveillée, avait été mise par la baronne au courant de ce que celle-ci voulait qu'on fît au château. Elle avait reçu les instructions de sa maîtresse, qui lui avait dit qu'elle serait peut-être plusieurs mois absente et qu'elle était obligée de partir, par ordre du médecin, à cause de l'état de mademoiselle, qui devenait chaque jour plus inquiétant. Et Agathe, sachant mademoiselle souffrante, avait trouvé cela tout naturel.
Aucun soupçon ne lui était venu.
Elle devait veiller à ce que Noémie et son enfant fussent traités comme lorsque madame de Frémilly et sa fille étaient là, mais madame de Frémilly ne dit pas à la servante où elle allait.