—C'est ton idée, fit la grand'mère, je ne reviendrai pas là-dessus. Ce que je vois de plus clair en cela, c'est que ce pauvre garçon va rester sans père.

—Il restera ce qu'il est, ce qu'il doit être, fit Laurence, car M. de Brécourt n'était pas son père. Et jamais, même s'il l'eût voulu par amitié, par dévouement pour moi, je n'eusse souffert qu'il eût menti en reconnaissant un enfant qui n'est pas le sien.

Mais il n'est plus, ajouta Laurence. Il n'est plus, et c'est votre faute, et cela, je ne l'oublierai jamais!

Puis, avec, dans la voix, un sanglot qui remua madame de Frémilly jusqu'aux entrailles:

—Nous aurions pu être si heureux!

Elle se tut.

Les sanglots la secouaient.

Les larmes, larmes amères, pressées, ruisselaient sur ses joues.

Elle reprit:

—Il était perdu pour moi. Mais j'aurais pu être heureuse encore, le sachant heureux même avec une autre. J'aurais vécu dans le parfum de son bonheur. Je ne suis pas jalouse. Je ne puis plus l'être. Je n'ai pas le droit de l'être. Mais savoir qu'il est mort, mort pour moi, d'une façon lamentable et affreuse, ah! cela, c'est une souffrance qui ne s'apaisera jamais, qui me cuira comme un remords. Et je n'avais pas besoin de cela, mon Dieu! j'étais assez malheureuse!