Quand cet homme, qui accusait son ami, était venu à Marconnay, c'était le moment où, désespérée par le départ de Jacques, la perte de son amour, elle était le plus souffrante, le plus fréquemment en proie aux crises qui l'affaiblissaient tant.
Le misérable avait passé une nuit au château, et il était parti de très bonne heure le lendemain, sans avoir revu ni sa grand'mère, ni elle.
Les domestiques avaient remarqué qu'il avait un air étrange, l'air, avait dit l'un d'eux, de quelqu'un qui a fait un mauvais coup.
Son départ brusque avait toutes les apparences d'une fuite, d'une fuite après un crime.
Si c'était lui?
Cette question, ce terrible point d'interrogation s'était déjà dressé devant l'esprit épouvanté de Laurence.
Elle n'en avait pas parlé à sa grand'mère.
Elle avait essayé de le repousser.
Mais il revenait persistant et tenace, et elle sentait une horreur insurmontable l'envahir.
Si c'était ce misérable, ce misérable qu'elle haïssait déjà, pour lequel elle avait une de ces répugnances instinctives que l'on a pour les bêtes immondes, si elle acquérait la certitude que ce fût lui le criminel, que ce fût lui qui l'eût tenue, ne fût-ce qu'un instant, entre ses bras, il lui semblait qu'elle expirerait de honte et de dégoût.