—Et où veux-tu aller?
—Dans quelque couvent expier la faute involontaire, le crime plutôt dont j'ai été victime. Tu laisseras à l'enfant ce qui me revient de ma fortune. Et personne ne me verra plus. Je ne reverrai plus personne.
—Et tu me laisseras mourir seule!
—Depuis longtemps, grand'mère, ma présence n'est plus une joie pour vous, mais une honte.
—Mon enfant!
—Ne protestez pas, grand'mère, je le vois, je le sens. Je vous ai rendue malheureuse. J'ai assombri vos derniers jours. J'ai mis la nuit en votre vie jusque-là si lumineuse. Mais ce n'est pas ma faute. Je n'ai rien fait de mal. Pardonnez-moi et laissez-moi partir!
Madame de Frémilly avait peine à retenir ses larmes.
—C'est toi, dit-elle, qui devrais me pardonner. Je vois bien que je ne puis rien te reprocher. Quelque fatalité inexplicable s'est appesantie sur ta vie. Je ne sais plus que penser et que croire, et je ne sais plus qui accuser. J'ai été souvent peut-être injuste et cruelle, mais c'était par affection pour toi, et ne pouvant te rendre la tranquillité et le bonheur, je ferai tout ce que tu me demanderas.
—Il faut écrire à cet homme et lui dire de venir nous rejoindre à
Marconnay.
—Pourquoi à Marconnay et pas ici?