Enfin, un jour—on t'a raconté cette histoire, sans t'en faire connaître les causes, sans doute—Aurore ne rentra pas chez elle le soir.
Sa mère passa la nuit dans une angoisse sans nom, et, dès le lever du jour, elle vint me faire part de son malheur.
—Elle est allée retrouver cet homme, dis-je aussitôt, car je ne pouvais pas penser autre chose.
Et j'ajoutai, avec un sentiment d'amertume et de jalousie qui déborda malgré moi:
—Elle est sa maîtresse. Elle a préféré le déshonneur à l'amour d'un honnête homme!
Madame Dartel pleurait et murmurait, sans pouvoir dire autre chose:
—Je n'aurais pas cru ça d'elle. C'était une honnête fille. L'autre, je ne dis pas.
—C'est de toi, fit Régulus en s'interrompant, qu'elle parlait.
—Oui, je sais, dit Noémie, elle ne m'aimait guère et n'avait pas beaucoup d'estime pour moi.
—Mais, reprit le préparateur, ce n'était pas ce que nous croyions. Aurore n'était pas coupable. Elle s'était noyée, noyée du désespoir de n'être pas aimée. On avait retrouvé son corps dans la Seine, sous un bateau de blanchisseur. Et des sergents de ville, au moment où nous méditions de nous rendre chez M. de Brécourt pour lui redemander celle qu'il avait perdue, des sergents de ville, dis-je, vinrent nous en prévenir.