—Pauvre mignonne! fit la grand'mère, violemment émue.

—Pourtant, dit-elle ensuite, tu aurais souffert davantage, ma pauvre enfant, si tu avais été trahie après….

—Peut-être ne m'aurait-il pas trahie….

—Qui trahit avant trahit après, mon enfant … quand on a l'habitude de la trahison … c'est comme lorsqu'on a l'habitude de l'ivresse … qui a bu boira…. qui a trahi, trahira. Crois en l'expérience d'une femme qui a passé par là, ma chérie, et qui sait ce que l'on souffre d'être trahie … qui a vu ses plus belles années assombries, empoisonnées par les mensonges et les perfidies de l'être en lequel elle avait eu la faiblesse de croire, et qu'elle eut longtemps, même après ses tromperies, la folie d'aimer…. D'ailleurs, tu aurais commis une mauvaise action, mon enfant, en arrachant cet homme à une femme à qui il a fait sans doute des promesses, qui lui a peut-être voué sa vie, et à un enfant qui tient de lui l'existence et à qui il doit, lui, son affection et ses soins….

A ces paroles, qui lui rappelaient toute l'horreur des révélations faites, Laurence fit un geste comme pour écarter d'elle une vision trop funeste, et elle dit:

—Oui, grand'mère, ne parlons plus de cela, ni de lui. Je t'aime!

Et, d'un mouvement charmant, plein de confiante affection, elle se jeta dans les bras de sa grand'mère, qui se refermèrent sur elle, tout frémissants de tendresse.

—Plus tard, dit madame de Frémilly, quand tu connaîtras mieux la vie, tu me remercieras, tu me remercieras comme l'opéré remercie le chirurgien qui lui a déchiré la chair pour lui conserver l'existence.

—C'est mon coeur que vous avez déchiré, grand'mère, fit la pauvre fille, et, je ne sais pas si je ne mourrai pas de cette blessure!

—Non, ma chérie, non, s'écria madame de Frémilly, tu ne mourras pas, car je suis-là, moi, pour te soigner…. Je suis là pour te consoler et t'aimer.