—Si je ne t'avais pas, grand'mère, dit Laurence en laissant tomber sur le sein de le douairière sa tête languissante, je serais morte déjà!
—Et je ne veux pas que tu meures, moi. Je veux que tu sois heureuse, que tu sois belle, que tu sois enviée; il y a sur la terre d'autres hommes qui t'aimeront, d'autres amours qui ne tromperont pas et te seront fidèles.
Laurence secoua la tête mélancoliquement.
—Moi, dit-elle, je n'aimerai plus, personne.
Elle ajouta avec un sentiment d'amertume inexprimable:
—Ma vie est finie désormais…. Je resterai là-bas où je vais … dans la solitude où vous me conduisez … et j'y vivrai parmi les paysans et les bêtes … on ne verra plus dans le monde mademoiselle Laurence de Frémilly….
La grand'mère sourit légèrement.
—Il n'est si grand chagrin que le temps n'efface, murmura-t-elle.
—Le mien, dit Laurence, ne s'en ira jamais!
Madame de Frémilly n'insista pas.