Elle savait qu'en effet telle devait être a cette heure la pensée de Laurence, et elle n'essaya pas de la combattre,—ce qui eût été bien inutile.
Elles ne parlèrent plus. Et elles regardaient par la portière le paysage qui semblait danser autour d'elles.
Il n'y avait plus de maisons.
A perte de vue la campagne, couverte de neige, était blanche, d'une blancheur immaculée, éblouissante. Seules, des volées de corbeaux s'abattant sur les arbres chargés de frimas ou sur les labours fraîchement ensemencés, mettaient sur cette blancheur uniforme des taches d'un noir violent.
Au-dessus, le ciel était d'un gris sale, comme ouaté, d'une uniformité de ton monotone, sauf au midi, où montait un large globe rouge, couleur de sang, sans rayons, et qui était le soleil.
Autour de lui, le gris du ciel était plus clair et comme perlé.
Un lourd silence, troublé seulement par les bruits divers du rapide qui passait,—grondement sourd et régulier, fracas éclatant sous les passerelles et coups de sifflet stridents par intervalles,—pesait sur la campagne solitaire et comme figée par le froid.
Au passage du train, des oiseaux, dérangés par le bruit dans leur repos, se levaient de la branche sur laquelle ils étaient perchés et volaient, d'une aile engourdie et pesante, sur un arbre plus loin, en soulevant, du vent de leurs plumes, des petits nuages légers de poudre blanche.
Le train filait de sa grande allure régulière, brûlant avec bruit les petites stations, s'arrêtant à peine quelques minutes de loin en loin, pour repartir avec une nouvelle furie et des rugissements plus formidables.
Quand il passait sur la Loire, entre les poutrelles de fer des ponts, ou entre les rangées d'arbres qui bordaient le fleuve, le tapage était infernal, comme si tout s'était brisé autour de lui.