Le silence était absolu, la solitude profonde….

Pas une lumière au ciel … pas une lumière sur terre…. On entendait le souffle rauque du cheval tirant à plein collier dans les ornières gelées … et le gémissement des essieux fatigués.

Et, de temps à autre, un claquement de fouet ou une exclamation proférée par Auguste Dionnet, le conducteur.

Mais hors ces bruits, rien. On eût dit que le coupé roulait dans un pays inhabité.

En approchant du château le chemin devint un peu meilleur…. Moins de cahots secouèrent les voyageuses et firent crier les roues.

Mais le cheval glissait davantage et menaçait à chaque instant de s'abattre.

On roulait dans un chemin creux … entre de hautes haies plaintives, surmontées de gémissantes rangées de grands ormes….

L'obscurité y était opaque … le silence plus sourd….

Mais on approchait…. Bientôt deux ou trois lumières trouèrent la nuit…. Elles partaient des fenêtres du château, dont la masse sombre venait de se montrer au centre d'un grand espace vide, glacé, qui était un étang…. De loin, le château avait l'air d'être bâti au centre de l'étang … et d'émerger du milieu des eaux comme une demeure enchantée.

Mais il n'en était rien…. Et on était le jouet d'un effet de perspective….